GRÉGORY GRINCOURT
du 30 avril au 13 mai 2017

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Nombre de réalisations plastiques de Grégory Grincourt (né en 1975) prennent l’intitulé générique de « Structures installationniques sculpturiphores ». Explication? Celle-ci est en partie contenue dans les mots-valises qu’utilise l’artiste pour qualifier une œuvre en parfait accord avec sa singulière appellation. L’œuvre-type signée Grincourt est une installation en général signifiée par la multiplicité (objets différents, formes diverses, vocation polyfonctionnelle), porteuse d’une sculpture ou de ce qui en tient lieu (des carafes en verre soufflé sur les tables de l’installation Still a stylish steel still; une motocyclette suspendue à un palan dans l’installation Woody Wood Stock…). La cohérence des parties ou l’unité de style n’intéresse guère l’artiste: ici tout s’invite, tout fait forme, tout peut être prétexte à des réalisations qui toujours donnent à voir, à ressentir et à penser avec intensité.

Thunderbirds, de la sorte, prend la forme d’une suspension de boules en polyuréthane figurant les têtes de petits personnages monstrueux: leurs yeux s’éclairent au moyen de phares de moto, et leurs ailes battent au moyen d’essuie- glaces… Les œuvres de Grégory Grincourt, à l’instar de ces Thunderbirds, interactifs, se caractérisent par leur fréquente mise en relation avec le spectateur, et se veulent vivantes. Débordantes d’intensité, de bruit et de fureur, elles s’animent, provoquent leur alentour de toute leur configuration débridée, « hénaurme », pourrait-on dire.

Grégory Grincourt reprend là où il s’est arrêté le programme d’artistes tels que Jean Tinguely, Dieter Roth, Jason Rhoades ou encore Piero Gilardi: tous, plus que de raison mais non sans raison, ont vénéré en leur temps l’accumulation, l’activation, le jeu scénique et la relation incarnée et directe. Dit au plus simple, Grégory Grincourt est un sculpteur « cybernétique »: il agence dynamiquement formes et objets tridimensionnels dans l’espace. Il est aussi, toujours soucieux du contexte, un installateur doublé d’un incurable bricoleur, au sens noble de ce terme: celui qui combine, appareille des structures non forcément pensées au départ pour se marier ou fonctionner de concert.

Enfin, voyons en lui le parangon de l’ingénieur-artiste riche de sa pulsion à en rajouter sur le réel, et à faire de ses créations autant de formules « superfétatoires », selon ses termes. Ici, on complexifie, on cumule de multiples registres de références, on multiplie les entrechocs sans hésiter pour ce faire à recourir à la technologie la plus affûtée, de l’informatique au matériel d’ingénierie sonore et visuelle. L’art -autant dire l’expansion infinie de la forme, et la libre méthode.

Paul Ardenne